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"Sortir de sa zone de confort, repousser les limites, pour mieux avancer. Exister pour soi. Être capable. Se sentir belle ou plutôt se voir belle. À travers cet incroyable projet, je voulais offrir à l’une des amies les plus précieuses de ma vie la chance d’appréhender une dernière fois un regard bienveillant et tendre sur la silhouette qui ne sera plus jamais la sienne. Foutu BRCA. Foutu mastectomie. Je suivais déjà le travail époustouflant d’Ornella puisque deux personnes de mon entourage avaient servi de modèles lors du lancement de son activité, alors il me semblait évident de faire appel à elle pour accompagner mon amie. Le premier contact est saisissant de naturel. Immédiatement, comme beaucoup l’ont déjà mentionné, on se sent à l’aise. Je prends les renseignements, pour mon amie, mais intérieurement, l’idée de participer aussi à cette expérience me trotte et au final, le plus naturellement du monde, me voilà avec une date bloquée pour moi...

 

Téléphone raccroché. Joues rosies. Chaleur diffuse. Mais qu’est-ce que je viens de faire ? Est-ce que je viens vraiment de bloquer une séance photo “boudoir et beauty” ?

 

Très vite, les ruminations apparaissent et avec elles, les doutes. J’ai hâte et en même temps, j’ai peur. Est-ce que je ne fais pas une erreur, est-ce que je ne plonge pas dans ce projet pour fuir ma vie ? Fuir la décision irrévocable que je m’apprête à prendre ? Par peur du jugement, peut-être, j’enferme à double tour ce rendez-vous avec moi-même, comme un adultère. Deux personnes sont au courant. Deux amies. Petit à petit, ce jardin secret devient stimulant, excitant même et éveille une étincelle éteinte depuis bien longtemps, avec toujours ce doute : est-ce que je peux être aussi belle que les femmes qu’Ornella a déjà rencontrées ? Hydratation, sommeil, épilation, lingerie, coiffure, maquillage, la dépression chamboule tout et les évidences posées sur le document reçu par mail remettent un peu les pendules à l’heure sur bien des sujets. Être belle et se sentir bien avec soi-même c’est avant tout prendre soin de soi et se respecter.

 

100km. 1h15 de route. Tout est prêt quand soudain : un message : intoxication alimentaire. L’effrayante entrevue n’aura pas lieu. Spontanément, le petit “Oh non” parle pour lui. J’avais donc bien hâte. Je n’avais pas peur. J’étais prête.

 

Enfin ! De retour de l’après-midi, et quelle expérience ! Quelle bulle d’oxygène ! Quelle confiance (re)gagnée ! L’accueil d’Ornella est tout aussi agréable que les échanges téléphoniques. Son studio est lumineux, tout en sobriété et en douceur. Il n’y a que l’essentiel pour nous mettre au centre de son travail. D’ailleurs, son studio surplombe tout, comme pour nous mettre d’emblée sur le piédestal que chaque femme mérite après des siècles de répression et d’infériorité. Du haut de ma tour, je surplombe tout et me sens plus puissante que jamais, prête à me révéler.

 

La séance débute et croyez-le ou non, venant d’une femme à fort pouvoir de ruminations, pendant 1h45, je n’ai pensé à rien d’autre qu’à suivre les directives d’Ornella, elle aussi dans sa bulle et pourtant, j’en avais en tête avant d’arriver ! En chargeant la voiture des nombreuses tenues choisies, je découvre que mon voisin joue le gros pervers en me reluquant, voire en faisant bien plus que cela, le tout, depuis son jardin... Oui, oui, le jour même d’un shooting boudoir. Le pire ? Le shooting s’entame sur le nu... Le timing aurait pu me figer sauf qu’ici, grâce à Ornella, à son studio, à son objectif et à sa playlist qui tourne comme pour taire les maigres tensions qui voudraient s’inviter, j’ai le contrôle d’un corps et d’une image qu’on me vole pour des obscénités.

 

Ce que j’avais envisagé sans le partager, Ornella l’a réalisé mais en mieux. Le tabouret, le manteau, les lunettes de soleil, la cambrure, tout me ressemble et tout à la fois je découvre une sensualité naturelle qui se dégage de mes traits ainsi que de ma silhouette. Oui, j’ai le regard sévère, oui j’ai le corps tantôt rigide ou tantôt flasque, mais de cette raideur se dégage une puissance et de ces arrondis que certains penseraient mal placés se décrit mon histoire. Mon seul regret ? D’avoir autant attendu avant de vivre ce genre d’expérience.

 

Le soir venu, je me sens bien, confiante et surtout heureuse et tout cela, toute cette sérénité, je me le dois. Grâce à moi mais aussi à Ornella et son travail, je me suis rendue heureuse.

 

Pendant plusieurs semaines, je regarde avec ravissement la capture d’écran de la story faite le jour de la séance, comme une dose de confiance pure : “Tu te sens moche ? Regarde et n’oublie pas comme tu es belle.”

 

Vient ensuite la révélation. Un mot sera retenu, fébrilité. La date est difficile à trouver, mais on y arrive ! Et bon sang que ça valait la peine d’attendre. Je me découvre avec bienveillance, avec respect et aussi avec étonnement. “C’est moi, là ?”. Peut-être est ce la sage-femme qui parle, mais j’espérais de cette révélation qu’elle soit comme une naissance. Ce fut le cas. Sous l’objectif d’Ornella, je découvre le vrai moi. Les grains de beauté généreux qui ont tant fait complexer l’adolescente que j’étais, répartis ici comme une peinture unique au monde, le ventre rebondi d’une femme en pleine période menstruelle, la poitrine qui a tant changé après l’allaitement et qui, malgré sa perte de générosité, est toujours aussi belle, et que dire de cette carrure que j’exècre, tant je pensais qu’elle m’ôtait toute féminité et qui, ici, est si bien mise en avant ? Une chose me traverse pendant que je me scrute : peut-être que si les gens me regardent, ce n’est pas parce que je suis trop grande, trop carrée, trop sérieuse ou trop fermée, non, peut être que l’on me regarde parce que je suis belle ?

 

Je n’aurais qu’une seule chose à dire à celles qui hésitent. Oui, c’est un investissement financier, mais si les moyens sont possibles, alors foncez.

 

Par cette démarche, j’ai pris vie et à trente-quatre ans, je suis tombée amoureuse de la personne la plus importante de ma vie : moi-même.

 

Merci Ornella pour cette étincelle de vie. Ton travail à allumer une flamme de fierté qui, je l’espère, ne s’éteindra jamais. De toute façon, si elle s’éteint, je reviendrai te voir pour l’allumer à nouveau!"

Mme L.

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